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Le harcèlement sexuel, un fléau à combattre par tous les moyens.

M. Norbert KOUMBOGLE

Les violences sexuelles sont une réalité dans nos communautés, dans tous les milieux, dans toutes les couches sociales, socioéconomiques et en milieu scolaire. Les femmes en sont les premières victimes. Au Togo comme dans plusieurs pays, des voix s’élèvent pour dire NON aux violences de toute sorte, mais surtout sexuelles faites aux filles, jeunes femmes et femmes y compris celles handicapées. Le harcèlement sexuel est l’une de ces violences qui est devenu un phénomène émergent et qui sévit depuis longtemps mais dans l’ombre du silence et causant d’énormes conséquences. Plan International Togo, un organisme qui œuvre pour la sauvegarde des enfants et jeunes en général et particulièrement les filles et jeunes femmes y compris les handicapées a mis en œuvre plusieurs projets dont le projet Girls Lead pour leur épanouissement. Projet dont l’objectif spécifique vise à conduire les filles et jeunes femmes y compris celles handicapées à prendre des initiatives d’engagement citoyen pour lutter contre les violences sexuelles. Ce projet financé par Plan International Allemagne est exécuté dans les préfectures de Sotouboua et de Tchaoudjo dans la région Centrale. Les autres préfectures de mise en œuvre sont : Ogou, Moyen-Mono, Agoè-Nyivé et Golfe. Commencé depuis septembre 2018, le financement de ce projet prendra fin en aout 2023.

Dans cette interview, nos propos vont tourner autour du harcèlement sexuel en général et surtout en milieu scolaire. M. Norbert KOUMBOGLE est  animateur de Plan International Togo sur le Projet « Autonomisation des filles et jeunes femmes pour l’engagement citoyen » Girls Lead dans la zone Tchébébé, préfecture de Sotouboua. Il répond aux questions de la rédaction du journal L’OBSERVATEUR.

  1. Norbert KOUMBOGLE, bonjour.

Bonjour Brice.

C’est quoi exactement le harcèlement sexuel ?

Constitue un harcèlement sexuel, selon l’article 399 du nouveau code pénal au Togo, le fait pour une personne d’user d’ordres, de menaces, de contraintes, de paroles, de gestes, d’écrits ou tout autre moyen dans le but d’obtenir d’autrui, contre son gré, des faveurs de nature sexuelle.

Le harcèlement sexuel pour les nations-unies, concerne toute avance sexuelle inopportune, toute demande de faveurs sexuelles ou toute autre conduite verbale ou physique ou quelconque geste ou autre comportement à connotation sexuelle qui pourrait raisonnablement être vu ou perçu comme une offense ou une humiliation envers autrui.

Outre un grave problème en soi, il peut également conduire à des agressions sexuelles et entraîner des conséquences à long terme pour la victime.

Qui sont le plus souvent victimes du harcèlement sexuel ?

Les filles et les femmes constituent la grande majorité des victimes du harcèlement sexuel selon plusieurs études et recherches conduites à travers le monde entier.

Pensez-vous que ces victimes soient en partie responsables lorsqu’elles sont harcelées sexuellement ?

Aucun acte ne justifie le harcèlement, même pas l’habillement d’une fille si elle est courte ou longue peu importe le caractère ou l’attitude d’une fille, un garçon n’a aucun droit sur elle selon les articles 399 et 400 du code pénal du Togo. Aussi le harcèlement sexuel est une atteinte grave aux valeurs des Nations Unies.

Vous êtes animateur sur le projet Girls Lead de Plan International Togo dans la zone Tchébébé, dites-nous comment la population adhère-t-elle à la politique de Plan International dans la protection des enfants en général, filles et jeunes femmes dans votre zone.

Pour rappel la Politique de sauvegarde des enfants et jeunes constitue l’ensemble des responsabilités et les mesures et activités préventives et réactives que Plan International a entreprises pour protéger les enfants et les jeunes. Ce sont les dispositions qui sont prises pour garantir qu’aucun enfant ou jeune ne soit victime d’abus du fait de son association et/ou de son engagement avec l’organisation ; et d’empêcher ceux qui font du mal et des abus d’adhérer à notre organisation.

Revenant à votre question, dans ma zone la population adhère à cette politique à travers leurs adhésions totales pour la mise en œuvre des programmes et projets axés sur la prévention de la violation du droit des enfants à la protection dans leur communauté à l’instar du projet Girls Lead qui a fait de la lutte des violences sexuelles faites aux filles et jeunes femmes son cheval de bataille. Des engagements à cette politique sont pris par les communautés à travers la mise en place des mécanismes communautaire de protection de l’enfant, l’élaboration des chartes communautaires de protection des enfants, l’intégration dans leurs plan d’action de développement des aspects liés à la sauvegarde des enfants et jeunes, les sensibilisations sur les droits des enfants en particulier ceux des filles et un début de dénonciation des cas d’abus et de violences faits sur les enfants quand bien même la culture de la dénonciation tarde encore à rentrer dans les mœurs des populations du fait des pesanteurs socioculturelles tellement ancrés en eux.

Quels changements avez-vous constatés depuis la mise en œuvre du projet Girls Lead dans cette zone ?

Les niveaux de changements obtenus sont axés sur :

  • Au niveau des membres de clubs qui grâce aux formations sur la méthodologie « Champions du Changement » :
    • Les filles commencent à avoir confiance en elles et développent un comportement de leadership. Elles prennent la parole et défendent leurs intérêts devant les garçons. Elles sortent de leurs timidités, s’éveillent et cherchent à tirer leurs pairs filles de leur état de timidité afin que ces dernières les accompagnent dans la lutte contre les préjugés et les stéréotypes de genre.
    • Les garçons des clubs se font remarqués comme des champions du changement. Ils commencent par abandonner leurs comportements ou attitudes de masculinités hégémoniques et on les voit docile dans les clubs en acceptant d’être dirigés par les filles. Ils ont aussi pris conscience sur les images médiatiques et les contenus qui peignent les femmes comme des objets sexuels. En bref, les filles peuvent compter sur ces garçons comme des alliés dans le processus de changement pour l’égalité des genres et la promotion des droits des filles.
  • Au niveau des familles, des chefs traditionnels, leaders religieux et communautaires, grâce aux renforcements de leurs capacités sur les thématiques clés du projet telles que le genre transformateur et l’inclusion, les violences sexuelles, l’engagement citoyen et surtout dans les rencontres de discussions préparatoires des dialogues intergénérationnels permettent de dire que dans :
    • Les familles, l’accentuation du contrôle des filles et la protection des filles et jeunes contre les abus sexuels qui s’est fait remarquer lors et après le confinement. Des dénonciations sont faites auprès des autorités locales et des parents des cas de suspicion de relations sexuelles entre enfants ou élèves afin que des conseils leurs soient prodigués pour qu’ils accordent priorité d’abord à leurs études mais surtout des cas de violences sexuelles. De ce fait on dénombre la dénonciation des cas de viol sur mineures et de pédophilie dont leurs auteurs sont envoyés en prison.
    • Des débuts de changement sont observés dans la liberté de parole par les femmes et les enfants dans les foyers. Les hommes démontrent des efforts dans l’écoute active pour favoriser une meilleure communication au sein des familles. Par ailleurs face à l’inégalité de statut et de répartition des tâches domestiques entre les deux sexes, on perçoit des mères puis femmes et des pères puis hommes qui acceptent, décident puis s’engagent à jouer un rôle actif au partage équitable des tâches domestiques, dans la prise en charge et de l’éducation des enfants et pour finir dans les postes de prises de décisions.
  • Les acteurs étatiques, particulièrement les forces de l’ordre et de sécurité (la gendarmerie de Kazaboua) sont désormais plus sensibles aux cas de violences sexuelles. Dès qu’ils enregistrent un cas il le réfère automatiquement au niveau du tribunal pour poursuite judiciaire et partagent l’information à qui de droit (Direction Préfectorale de l’Action Sociale et ONG tels que Plan International Togo et Creuset-Togo) pour prise en charge médicale et psychologique des victimes. Autres aspects de changements observés ont été la collaboration franche avec les chefs d’établissements scolaires et la Chambre des métiers des améliorations d’ouvertures pour accès des jeunes dans les établissements et ateliers d’apprentissage des métiersen vue des sensibilisations/formation à l’endroit des bénéficiaires directes et indirectes du projet malgré des restrictions de la crise pandémique.

Par quelles stratégies pensez-vous mettre fin à ce phénomène de harcèlement sexuel dans la zone de Tchébébé ?

La poursuite des sensibilisations sur toutes les formes de violences sexuelles y compris le harcèlement sexuel, la vulgarisation des textes juridiques punissant ce phénomène et promouvoir une culture de dénonciation des cas d’abus et de violences sexuelles y compris le harcèlement sexuel au sein des communautaires.

Avez-vous pris certaines dispositions pour sanctionner ces prédateurs sexuels et décourager les potentiels harceleurs ?

  • La vulgarisation du protocole de signalement ou dénonciation communautaire à travers :
    • L’appel à la ligne verte Allo 1011 sécurisé ou confidentiel
    • En parlant à un parent ou à une personne de confiance
    • En parlant à un agent de Plan International Togo dans la zone
    • En parlant à un agent d’un service compétent (école, ONG, action sociale, police/gendarmerie, …)
  • L’accompagnement des victimes dans la protection juridique : dépôt de plainte, procès
  • Et éventuellement la prise en charge médicale, psychologique et psychosociale si le harcèlement conduit ou pas à une agression sexuelle.

 

Questions aux filles

Rose Prénam TEGNAMA, Présidente du Club « Expérience » CEG Tchébébé, bénéficiaire du projet Gilrs Lead répond également à nos questions :

Comment pensez-vous prévenir le harcèlement sexuel ?

Pour prévenir le harcèlement sexuel, nous souhaitons avoir une loi fondamentale qui va interdire la violence sexuelle, loi qui sera reconnue et inscrite à la justice et respectée par tous les hommes politiques, les religieux, chefs traditionnels, familles et autorités.

Par quels moyens voulez-vous bien vous faire entendre plus vite lorsqu’un cas de harcèlement sexuel survient ou persiste ?

L’accentuation des signalements ou dénonciations des cas d’abus à travers appel sur la ligne verte allo 1011, en parlant aussi bien à un parent, une personne de confiance ainsi qu’à un agent de services compétents (ONG comme Plan International Togo, école, chefferie, CCD/CVD, …) constitue l’un des moyens par lequel nous pensons nous faire entendre lorsqu’un cas de harcèlement sexuel survient. Autres moyens utilisés consistent à faire la paire éducation, la sensibilisation aussi bien des pairs que des communautaires autour de ce fléau et pour finir mener des actions de plaidoyer ou d’influence auprès des autorités locales, administratives et politiques du milieu.

Quels changements dans votre quotidien depuis la mise en œuvre de Girls Lead dans votre communauté ?

Personnellement le projet m’a permis d’être éveillé et de me sentir comme une fille responsable. A base des formations CoC, nous avons sensibilisé nos camarades dans la communauté qui commencent à adopter des comportements exemplaires. Au niveau des membres de clubs, nous avons pris conscience de notre situation surtout de nos droits qui sont brimés. Ceci nous amène à entreprendre des initiatives telles que les actions de plaidoyer et d’influence pour une meilleure protection et la réalisation de nos besoins par les parents, les autorités locales, administratives et politiques. Nous avons foi que ces initiatives aboutiront pour le bonheur des enfants et jeunes en l’occurrence des filles de notre communauté.

Que deviendrez-vous après le projet Girls Lead ?

Après le projet Girls Lead à travers tous les renforcements de capacités qui contribueraient à rendre nous les filles et jeunes femmes autonomes, nous continuerons à mettre en valeur toutes les connaissances acquises grâce à ce projet. Et moi mon désir après le bac et mes études universitaires, c’est de devenir une femme politique comme Mme ANATE Koumealo de Kazaboua.

Pensez-vous à d’autres projets de Plan International Togo après Girls Lead ?

Notre souhait c’est qu’il y’ait une extension et une expansion du projet Girls Lead après aout 2023 car ce projet est innovateur et répond au besoin des enfants et jeunes et nous sommes impliqués dans la mise en œuvre, le suivi et la gestion comme les structures pilotées par des adultes.

Chers internautes, la rédaction du journal L’OBSERVATEUR insiste sur l’importance que l’on doit accorder au phénomène lié au harcèlement sexuel. La société toute entière gagnerait à ne plus tolérer ce fléau et les autres violences sexuelles, qui ont un coût humain, social et sanitaire dur.

Brice EWAI

 

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